11 mai 2008
V.A.E avec un iule winner
J’obtins aisément mon diplôme de kinésithérapeute. En fait, je leur rapportai avoir massé les pieds d’un mille-pattes en moins de six séances, et je suis sûre que c’est ainsi qu’ils acceptèrent de m’accorder une validation des acquis de l’expérience.
Les coups de marteau à deux temps (1)
Papadéli et Planeth protestent dans les commentaires : je ne publie que des petits bidules, ils ont la dalle et il n'y a rien à lire chez moi. Certes, je feignantasse et procrastine en ce moment, et n'ai qu'une bribe de brouillon sous le coude.
Tant pis, je le publie en l'état. Je me dépêche de le retravailler et le finir dès que je me sors les doigts du futale, promis. Je n'ai même pas de titre encore, c'est dire si je n'en fiche pas une rame en ce moment :o))
"Les coups de marteau à deux temps,
rapides et réguliers, anciennement matineux et maintenant lancinants comme un
acouphène, c’était le seul souvenir qu’avait Anna Buis de cette époque, et qui
l’empêchait de s’endormir, à moins de poser l’oreille sur un transistor sous le
polochon d’un lit de préférence ferme et confortable, ce qui ne lui était plus
arrivé depuis au moins deux ans.
Cette période avait passé, fermée
dans un dossier puis archivée au fond d’un tiroir à glissière du centre
communal d’action sociale d’une ville plus au sud. L’été elle y descendait. Reposée
et disposée par des nuits chaudes, elle était plus encline à fréquenter les
bureaux de service social.
Peut-être celui de Mme Guichard, avec
qui elle avait rendez-vous ce matin, et dont elle n’attendait rien depuis un
vieil entretien où elle avait ouvert les fenêtres avec un frémissement des
narines deux minutes après son irruption dans la pièce. Ces rencontres
obligatoires lui faisaient le même effet qu’une spore allergène de peuplier.
Elle la voyait, de loin et du coin de l’œil, arriver dans sa direction, et
allait au contact parce qu’il n’y avait pas d’alternative.
Anna Buis échappait aux nuits en
foyer d’urgence de la manière la plus simple. Elle ne mettrait plus les pieds
dans un endroit où des humains pouvaient en humilier d’autres, traiter
l’indigence avec rudesse et des moyens inadaptés comme ces lits de camp
infestés de blattes ou ces douches couvertes d’excréments aux portes sans
verrou desquelles passaient en force des regards, des insultes, des crachats et
des sifflets.
La froidure, l’absence de couverture,
la peur et le début d’une crève : recroquevillée sur vingt euros au fond
d’une chaussette porte-monnaie, Anna n’y retournera pas !
Elle avait acheté un ticket pour le dernier métro avec une partie de la manche de l’après-midi puis était descendue vers une heure du matin dans une boîte de nuit à la porte d’entrée étroite, qu’ouvrait un géant rigolard avec parcimonie sur des groupes, des couples et quelques esseulés, tous habillés à la mode des années quatre-vingts, converses, ceinture large, boucles d’oreille créoles, frange éclatée et pantalons à rayures ou à carreaux sauf Anne, déguisée en rien, habillée en vrai, avec une nippe chiffonnant un débardeur sur le dos et une fripe râpée sur les fesses.
Le videur savait qu’elle dansait pour ne pas dormir sur le trottoir, ne pas se faire dépouiller de l’indispensable paire de solides godasses, différentes de celles des filles des rues dont les talons hauts criaient : « suivez-moi jeune homme », ne pas se faire frapper au poing ou à la canette de bière par un ou deux poivrots, ne pas se faire surtout violer par un provisoire opportuniste, elle qui refusait de négliger son hygiène, de se laisser répugnante d’urine et de sueur pour décourager le moins bégueule, elle qui donnait faim aux hommes « sensibles » à sa détresse.
Après un temps d’attente, Anna Buis s’assit et se pencha en avant. Elle glissa ses mains jointes entre les cuisses et tressauta du pied gauche pour tromper son ennui. Sa fatigue aussi : elle avait dansé toute la nuit pour ne pas s’endormir ni se faire aborder, et le premier métro n’arrivait qu’à cinq heures dix avec le croisement des ouvriers de la nuit et du matin. Elle aurait encore quelques heures à tuer avant l’ouverture de la piscine municipale, ses douches et son carré d’herbes fraîches où dormir, mal, avec le bruit du marteau à deux temps.
Son visage pâle et son attitude prostrée agaçaient la fonctionnaire qui sur un col Claudine fermé d’un camé posait solidement une tête de bon gros chien malgré une absence de cou, avec des pommettes bosselées de graisse sous des yeux vitreux. On aurait dit vraiment un boxer euthanasié au chocolat, puis empaillé par un taxidermiste un peu pressé." (à suivre)
Crédit photo Mistercham
10 mai 2008
A ton bon coeur
Un clerc de notaire pinçait de la guitare au pied d'une volée de marches. La locataire du cinquième le prit pour un mendiant de l’amour, et envia sa muse en se mordant les lèvres et pinçotant les joues pour hâter un maquillage à moindre frais. A la fin du morceau, elle eut une mine dépitée en voyant le galant homme rejoindre en courant un groupe d’amis et s'écrier qu’il avait gagné son pari.
09 mai 2008
Des publications de la Zoridae
Zoridae est
une araignée qui tisse des textes en fils de soi. Ainsi soit-elle je ne sais
pas, ses écrits sont parfois au présent et souvent à la première personne du
singulier. Petite fille, écolière, pute ou salariée, sans domicile fixe,
adorable, généreuse, empathique, peste ou salope, ses personnages presque
toujours féminins sont brossés avec un rythme d’écrivaine pressée, sensorielle,
au regard attentif sur ses contemporains et les lieux où ils évoluent. Ils sont
peu contemplatifs, dans l'action ou le manque mais toujours en mouvement,
de pensée ou de marche.
Un talent de plume est facilement
identifiable sur un blog. D’abord parce qu’il est rare – beaucoup étalent des
lancers de bouse avec les doigts en se prenant pour des goncourables –, ensuite
parce qu’en le lisant vous croyez lire l’extrait du livre d’un auteur publié.
Au bas du texte la signature du blogueur où vous cherchiez les références du
bouquin, au bout du clic de votre souris un ajout dans la liste de vos favoris.
En la lisant, je retrouve la petite sœur de Joyce Carol Oates.
Zori la rousse m’a aimablement
autorisée à reproduire ici l’extrait d’un de ses textes, que vous pouvez
retrouver sur son blog, De la sexualité des araignées :
« Ma
mère m’écouta attentivement. Puis elle se releva et m’entraîna dans la cuisine.
Elle estimait qu’un bol de lait chaud avec une cuillère de miel nous aiderait à
nous endormir plus vite. En réalité, je devinais qu’elle se demandait comment
m’apprendre la vérité sans créer de dommages collatéraux. Elle me prévint :
«
Tu ne racontes rien de ce que je vais te dire à ta sœur, hein ? Elle est trop
petite. J’aurais préféré que vous ne sachiez rien, ni l’une ni l’autre mais puisque
tu as entendu des choses, je vais te mettre au courant. Et puis c’est peut-être
mieux, tu pourras faire attention, surveiller ta sœur… Bon et puisqu’on en est
aux révélations, j’ai rompu avec Amadis ce matin.
- Ah bon ? m’écriai-je avec une curieuse impression d’être trahi. Mais pourquoi
Maman ? Tu n’arrêtais pas de dire qu’il était si beau et gentil le croque-mort…
-
Chut, soupira-t-elle, tu vas réveiller Anna ! Bon, en fait il n’était pas si
gentil que ça.
Je
la coupai, la bouche ouverte en un O de stupéfaction :
-
C’est parce qu’il n’a pas voulu t’embrasser ? C’est ça Maman ? Il est dérangé
en vrai c’est ça ?
Elle
éclata de rire :
-
Mais non ! Justement, il m’a enfin embrassée et juste après il m’a appris qu’en
fait sa femme était à la maison. Chez lui. Enfin chez eux quoi. Il n’a jamais
été séparé. C’est juste que lui il se sent séparé.
-
Mais c’est horrible, c’est dégueulasse, râlai-je.
-
Chut ! Et puis on ne dit pas « c’est dégueulasse ».
-
Ben on dit quoi quand il n’y a pas de mot mieux ?
-
C’est dégoûtant serait mieux mademoiselle… A la rigueur.
-
Oui mais je trouve que ça ne va pas. C’est dégoûtant ce n’est pas assez
dégueulasse. Et lui, qui t’embrassait alors qu’il est marié c’est un sale
dégueulasse.
-
Ma chérie, ma chérie, si les choses étaient si simples, cela se saurait et nous
vivrions tous plus heureux. Sa femme est gravement malade. Il y a des années
qu’elle est malade et il est malheureux. Voilà. Il a eu envie d’aller voir
ailleurs…
- Eh bien c’est très simple, tranchai-je. Je ne vois pas pourquoi il ne
s’occupe pas de sa femme au lieu d’aller embrasser ma mère. Il n’a qu’à aller
voir ailleurs si j’y suis tiens !
-
Bon, dit ma mère, bref, c’est fini. N’en parlons plus. Ne t’inquiète pas pour
ça. »
Elle
se pencha pour boire son lait. Ses mains entouraient le bol où était peint son
prénom. Elle aspira quelques gorgées bouillantes en faisant SLURP pour atténuer
la brûlure. Une de ses boucles d’oreille heurta le récipient lorsqu’elle
l’éloigna de son visage. Elle décida d’ôter ses bijoux et les empila sur le
dessous de plat au centre de la table : bracelets, bagues, pendentif,
s’entremêlaient devant mes yeux ébahis.
« Pourquoi tu les enlèves tous Maman ? Tu pourrais garder tes bagues…
- Non, badina-t-elle, je suis comme Marylin, je dors toute nue. Juste une
goutte de Chanel N°5 et rien de plus ! »
Je m’amusai à traverser avec mes mains, le filet de vapeur qui s’élevait de mon
lait :
« PCHHHH, faisais-je.
- Arrête, dit ma mère en se mordant les lèvres. Bon, parlons de choses
sérieuses un peu !
- PCHHHH, ok !
- Le monsieur qui est venu ce soir est un policier, un ami de ton oncle.
- Ah bon ? Mais…
- Ne m’interromps pas ! Tu te rappelles que cette après-midi, j’avais
rendez-vous chez le kiné pour mes vertèbres ?
- Oui.
- Et bien, juste avant de partir – vous étiez déjà chez Dominique – j’ai reçu
un coup de téléphone. Une voix bizarre, de femme, m’a conseillé d’aller
regarder dans ma boîte aux lettres. Je suis descendue et il y avait une lettre.
- Mais pourtant j’avais bien ramassé le courrier à midi Maman !
- Oui, je sais. Cette lettre n’était pas timbrée, ni rien. C’est donc que
quelqu’un l’avait déposée dans la boîte, expliqua-t-elle.
- Ah d’accord.
Je me risquai à glisser les mains autour de mon prénom sur le bol :
- Aïe, fis-je, c’est encore trop chaud !
- Tu m’écoutes ? demanda ma mère, très concentrée.
- Oui oui, je vais souffler.
- Mais rajoute du lait froid sinon ! s’impatienta ma mère.
- Oh ben non, ça va tout gâcher. Non, je vais souffler. FFFFF…
- Bon la lettre était une lettre de menaces…
Je cessai de souffler, attendant la suite. Dans mon ventre, l’angoisse faisait
des tresses avec mes intestins.
- … On veut que je dépose vingt-mille francs dans quelques jours sinon…
- Vingt-mille francs, répétai-je. Mais tu ne les as pas ! Comment on va faire ?
Tu vas…
- La lettre conseillait de ne pas prévenir la police alors je n’ai pas voulu
prendre de risques. C’est pour ça que j’en ai parlé d’abord à tonton Simon. Il
a téléphoné à son copain policier et voilà, il est venu tout à l’heure…
- Ah. Et qu’est-ce qu’ils vont faire si tu ne peux pas donner l’argent ?
Ma mère m’interrompit une nouvelle fois :
- Bon, les prochains jours, je vais vous déposer chez Mme Gratton à sept heures
et demi ! C’est elle qui vous emmènera à l’école.
Je songeai aussitôt aux dessins animés que l’on regardait après le départ de ma
mère jusqu’à huit heures.
- Mais pourquoi, on a jamais été en retard ?
- Il ne faudra pas parler aux inconnus, ni leur répondre. Et le soir vous
repartirez avec Géraldine et sa mère.
Je ronchonnai :
- J’aime pas Géraldine, elle est bête comme ses pieds, elle parle comme un bébé
et elle ne fait que des bêtises…
Ma mère haussa le ton :
- Cesse de remuer sur ta chaise et regarde-moi… C’est sérieux ! Ils menacent de
vous enlever si je ne fais pas ce qu’ils demandent. Il savent que je suis seule
avec vous. Ils savent plein de choses.
Elle étouffa un sanglot. J’étais bouche bée, la peur venait de fondre sur moi
comme un rapace sur le mulot insouciant. Elle allait faire de moi une petite
boule d’os et de peau qu’elle recracherait.
- Mais…
- En fait, le copain de Simon m’a conseillée d’aller à la gendarmerie demain.
Il m’a promis qu’il ne vous arriverait rien et je le crois… Je le sais : il ne
peut rien vous arriver !
- Mais, et s’ils venaient nous chercher dans la nuit ? Il y a bien un
cambrioleur qui a volé les bijoux de Mamie pendant qu’elle dormait… Ils
pourraient venir nous enlever pendant que tu dors et tu n’entendrais rien.
Ma mère émit un pauvre rire :
- On n’est pas à la télé là, Minou, ni dans un livre ! Allez, bois ton lait et
on va se coucher ! »
Néanmoins, elle m’autorisa à dormir avec elle pour une nuit. Epuisée par notre
longue conversation, j’allais m’endormir aussitôt allongée, ravie de cet
épilogue, lorsque je sentis que ma mère se relevait. Je ne dis rien, pensant
qu’elle allait aux toilettes. Par précaution, je me glissai tout au fond du lit
pour que les voleurs d’enfants ne me trouvent pas au cas où ils seraient dans
le couloir et l’assommeraient avant de venir me prendre. J’étouffais et transpirais
lorsque j’entendis le son familier de ses pantoufles claquant sur son talon.
« Qu’est-ce que tu faisais Maman, râlai-je en émergeant de ma cachette, je
croyais q…
- Chut ! ordonna-t-elle.
Je l’aperçus dans l’obscurité alors qu’elle se penchait vers le lit avec
lenteur. Elle déposa ma sœur assoupie à sa droite et se glissa entre nous deux.
J’enroulai mes jambes autour des siennes. Anna, remua, marmonna et balança son
bras en plein milieu de son ventre. Ma mère sursauta puis elle se détendit."
08 mai 2008
Hubert Nyssen
Le blog Auteurs TV propose
régulièrement par la diffusion de vidéos sur Dailymotion des entretiens filmés
avec des auteurs, des écrivains ou des éditeurs.
Aujourd'hui, vous pouvez regarder et écouter (plutôt que voir et entendre) le
fondateur des éditions Actes Sud aborder son rapport à l'écriture et à
l'édition, évoquer une partie de son chemin de vie, nous régaler de sa passion
de la chose écrite.
Hubert Nyssen
envoyé par auteursTV
Vous pouvez également cliquer
sur les Carnets de Hubert Nyssen.
05 mai 2008
Sororité du temps qu'il fait
L’heure exacte instruit l’astrologue,
l’heure bleue éclabousse les corsages, l’heure de dormir arbore une particule
élémentaire, et l’heure légale nourrit le médecin légiste.
Il n’y a que l’heure ronde pour
tracer vingt-quatre veines dans la roche de jours artificiels où je creuse pour
une peine de travaux forcés.
Comment des sœurs peuvent-elles
embrasser des carrières si dissemblables ?
Libellés : heure ; astrologie ; particule élémentaire ; biffures
03 mai 2008
Chuter n'est pas jouer
Convaincu d'avoir affaire au véritable auteur
du manuscrit, le directeur de la maison d’édition Monchoud demande au jeune
usurpateur de revenir à la fin de la semaine lui proposer une meilleure chute.
Au jour dit, celui-ci enfile un short
en jean, entre sans frapper dans le bureau de l’éditeur, lui tourne
cavalièrement le dos et présente une chute magnifique.
01 mai 2008
4x8 Vs Lili of the Valley
Le cercle des menottes serrait particulièrement le poignet de ma main gauche, que je tenais obstinément fermée sur un brin de muguet, chiffonné quelque temps avant par la roue de marque Dunlop d’un véhicule de société dont j'avais saboté les freins pour le récupérer plus commodément dans la gomme sculptée du pneu qui lui avait roulé dessus, pneu qui maintenant s’exorbitait sur le tas de ferraille encore chaud à cent mètres de l’usine du même nom.
29 avril 2008
Le silence des trumeaux
Je volais à bord d’une coccinelle du nom de Bridget Jones. Depuis l’invasion massive de la Chick Lit, cette sous-littérature abêtissante me ponçait les ovaires : ainsi par exemple, les choix de nom des taxi-insectes était limité par cet enclos de poulettes qui ânonnaient avec de l’encre terminée au pipi.
En survolant leur mégapole, je ne trouvais que friche urbaine et épannelage d’une masse informe comme leurs écrits.
Je versai une larme au-dessus du trois de la rue Lhomond, où les éditions Jean-Michel Place fermaient à jamais leurs paupières trentenaires, suite à une liquidation judiciaire.
Je m’en ouvris à la coccinelle. Sans se retourner ni ralentir son vol, elle me rappela qu’une maison spécialisée dans l’architecture et la poésie était le cadet de ses élytres, et que la vraie vie était dans le bureau d’un centre d’affaires, une boutique de style Manga ou le face-à-face d’un speed dating.
Une fois déjuchée de sur ses points noirs, je l'écrasai d'un coup sec avec l'ouvrage d'un poète épithélial.
28 avril 2008
Au nom de la Loi
Je plaidai la légitime défense après avoir tiré sur le juge aux affaires familiales, qui au nom de la Loi m’avait affublée de quatre frères et six cousins de la main gauche, alors qu’il refusait que je porte le nom de mon père de cœur.
Avant de me livrer au bras armé de la Justice, j’avais barré la mention inutile « Dura lex, sed lex » sur son talon d’Achille.

